Un article que nous avons publié dans le Journal "Les infos"
Que restera-t-il demain ?
150 ans d'exploitation de Nickel, il est grand temps de faire un bilan…
La Nouvelle-Calédonie, un joyau vert posé sur un écrin bleu. L'image est forte et relayée dans les catalogues touristiques. Nature sauvage et préservée, plages de sable blanc, lagon turquoise et vie douce au soleil. Certes il reste des couleurs de « Paradis sur Terre » à ce pays, mais pour combien de temps encore ?
Entre un développement anarchique rythmé par le cours d'un ou deux métaux, des projets miniers gigantesques de plus en plus dictés par la mondialisation et le capitalisme sauvage, des inégalités sociales toujours criantes et une fuite des capitaux indiscutable, l'avenir du Caillou n'est pas brillant. La Nouvelle-Calédonie, un Pays dont les multinationales tirent de gigantesques profits en laissant leurs pollutions…
Dame Nature subit, pardonne, mais un jour elle atteint un point de non retour et rend à l'homme la monnaie de sa pièce. Pas une vengeance, Elle en est bien incapable, mais une limite du supportable qui n'a rien de monnayable. A la simple question « Qui subira ce retournement de situation ? » la réponse est simple : Ni les riches industriels miniers tranquillement assis dans leurs bureaux, ni les gros portefeuilles boursiers, mais les gens d'ici.
Le Gouvernement vient de tirer une sonnette d'alarme : Il a dressé un inventaire des surfaces terrestres dégradées par ces 150 ans d'exploitation. Le bilan fait état de 20 000 hectares détruits et au minimum 160 milliards CFP (1,4 milliards d'euros) pour revégétaliser ces espaces. Bien sûr ni le Pays ni même l'Etat français n'a les moyens de relever ce défi.
Mais il y a plus grave :
1. La dégradation s'accélère. L'Usine du Sud dont on dit qu'elle est déjà à l'origine de plus de 2 000 hectares rasés et maintenant l'Usine du Nord vont amplifier le mouvement. Des camions et pelleteuses toujours plus grands, et rapides, et toujours aussi peu de moyens pour préserver ou restaurer les écosystèmes.
2. La Nouvelle-Calédonie, dont la communauté scientifique internationale reconnait sa Biodiversité comme unique, perd peu à peu sa seule vraie source de développement durable. Combien d'espèces ont disparu à jamais sous l'impact de l'exploitation minière. Nul ne le sait mais il est probable que le chiffre des extinctions définitives est important. Il y peu de temps un expert mandaté par la Province Sud rappelait que 10% du PIB des Etats-Unis provenait de l'exploitation (durable) de sa Biodiversité. Il faut bien comprendre qu'à chaque plante qui disparait c'est un potentiel de valorisation que l'on éradique. Un grand nombre de médicaments ont été découverts grâce à l'étude des végétaux. L'homme n'a rien inventé dans ce domaine, au mieux il a copié ce que lui fournissait Dame Nature. Aujourd'hui au lieu de mettre des moyens importants pour valoriser cette richesse la Nouvelle-Calédonie continue à investir dans la destruction massive par les miniers. La connaissance par les scientifiques des plantes endémiques n'en est qu'au début de son histoire. Mais cette histoire semble avoir une fin programmée sur l'autel de la sacrosainte rentabilité économique à court terme.
3. Le lagon calédonien n'est pas épargné non plus. Les récents événements de Houaïlou, les tonnes de déchets déversés depuis des dizaines d'années par la SLN, le lessivage des sols décapés par les pluies entrainant des coulées rouges dans les estuaires finissent par asphyxier les coraux. Et bientôt le tuyau de Goro-Nickel qui pour l'instant fait couler beaucoup d'encre et qui demain déversera des milliers de m3/heure à quelques kilomètres de la réserve marine intégrale Yves Merlet.
Face à ces constats évidents que font nos responsables ? Incapables de prendre des mesures fortes et efficaces, enfermés dans leurs querelles politiques ils continuent laisser la situation se dégrader. Ils parlent de revégétalisation, de préservation des écosystèmes, d'inscription du lagon calédonien au patrimoine mondial de l'Humanité. Ne soyons pas dupes. Ces belles paroles ne remédieront pas aux maux. Quelques exemples simples :
La revégétalisation est un terme qui, disons le simplement, consiste à remettre du vert sur les espaces dégradés en espérant que d'autres plantes endémiques viendront aider à restaurer les écosystèmes. Mais aujourd'hui il faut bien comprendre que personne n'est capable de reproduire l'extrême richesse de la flore calédonienne. L'introduction de plantes exogènes est même prévue par les miniers pour aider à la revégétalisation. Lorsqu'on voit la prolifération de certaines espèces introduites (pinus, fougère aigle, faux mimosa, miconia pour n'en citer que quelque uns) il est à prévoir que jamais la Nature ne se remettra de ces actes scandaleux. Les splendides écrits des industriels dans leurs « plans de sauvegarde de la Biodiversité » ne me convaincront pas du contraire. Entre quelques pseudo botanistes affairés à gérer des pépinières -qui ne résisteront pas au premier cyclone venu-, à parcourir le maquis minier pour trouver des plantes rares à sauver, et des dizaines de pelleteuses travaillant sans répit, les disparitions définitives d'espèces sont assurées.
Avec chaque année 400 000 tonnes de soufre 1 millions de tonnes de calcaire et 800 000 tonnes de chaux le tout importé d'on ne sait où et entreposé à ciel ouvert, il est certain que l'Usine du Sud sera responsable de l'introduction de nouvelles espèces animales et végétales. Un certificat de conformité sanitaire n'est finalement qu'un bout de papier certifiant qu'un tout petit échantillon a été analysé et qu'il ne présentait pas de contaminants. Mais avec ces tonnages phénoménaux l'invasion est assurée.
Alors demain, fourmis, araignées, scorpions ou serpents ? L'avenir le dira. Ces animaux finiront par s'adapter et remplaceront les espèces endémiques. Plus rien ne sera comme avant et il sera trop tard. La leçon des erreurs du passé ne semble pas réveiller les consciences des dirigeants. Le bilan social est simple, toujours plus de richesses réparties vers un petit nombre de privilégiés et de plus en plus de pauvres. Même si l'économie semble florissante, les fuites de capitaux continuent. Le bilan environnemental est encore plus grave.
Finalement, la Nouvelle-Calédonie a mis plusieurs dizaines de millions d'années à se transformer en sanctuaire, l'homme, cet apprenti sorcier mettra quelques centaines d'années pour la détruire.
C DEPRIMANT
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