samedi 20 février 2016

enquête publique VALE NC SAS



Observations à propos de l’enquête publique de VALE NC SAS relative à la DAEM 2016

Avis sur le projet

La Coordination de défense du Sud n’a pas changé d’avis depuis sa création et se prononce toujours contre ce projet d’exploitation minière.

Remarques générales sur le projet 

  Selon VNC, la DAEM ne concerne que les installations minières. Cependant, les documents de l’étude d’impact, dans un souci louable d’informer le public, couvrent un plus vaste domaine. De la même façon, nos remarques concerneront donc le projet dans son ensemble.
  Il s’agit d’une « régularisation » car la loi ayant évolué (2009) et l’exploitation minière (comme chacun sait) ayant déjà commencé, l’industriel justifie après coup les choix qui ont déjà été réalisés, ce qui nous semble très regrettable. Néanmoins, nous ne pouvons que féliciter l’industriel et les institutions de mettre enfin à la disposition du public les informations contenues dans cette étude (mais souhaiterions trouver sur internet également les études de 2008…).
  Vu la richesse, le volume des documents et le peu de temps de l’enquête, il est physiquement impossible, même à plusieurs, de tout lire. Nous n’avons donc pas la prétention de tout connaître ni tout comprendre, aussi nous présentons nos excuses pour les questions soulevées dont les réponses seraient dans l’étude.
  De façon générale, l’étude de l’impact des activités minières semble satisfaisante et montre souvent (si on va plus loin que le résumé non technique) l’ampleur du désastre écologique qu’implique ce projet. Aussi, nous déplorons que l’évaluation des impacts de dysfonctionnement ne soit pas évoquée (exemple : émanation de gaz toxiques, fuites d’acide dans les creeks, explosions, etc…).
  Les impacts exposés, aux vues du tableau 29 livret C volet C (disparition d’espèces protégées, l’empiétement sur des zones protégées, les sédiments dans les rivières, l’assèchement des lacs, etc) ne sont classés comme niveau d’importance « non significative, mineure ou modérée ». Nous n’avons objectivement pas les mêmes centres d’intérêts que l’industriel.

Sur l’orientation générale

·         Zone à réhabiliter :
878 ha (cf tableau 18) à raison de 20 ha/an de plantation, il faudra donc 44 ans.
Mais l’emprise du projet est d'environ 3800 ha (presque la superficie du lac de Yaté !). Que compte faire l’industriel sur la surface restante ? Le démantèlement des structures des usines est-il compris dans la caution ? Il est écrit que celle-ci est pris en compte mais le coût n’apparaît pas dans les tableaux du livret E. VALE NC sas sera-t-elle encore solvable dans 40 ans ? Il est permis de douter de la capacité des mineurs à réhabiliter les sites exploités... Il suffit de visiter la Nouvelle-Calédonie et voir le nombre de mines orphelines. (La lettre d’engagement de la maison mère, VALE CANADA LIMITED n’apparaît pas dans l’annexe E4 contrairement à ce qui est écrit…)
·         Page 50 : La nécessité de stocker les résidus sur 25 ans, qu'en sera-t-il après 25 ans ?
Quelle est la durée de vie du liner en polyéthylène soumis à la pression, et hydrométrie du milieu ? Il nous semble que ce projet est fondé sur une échelle de temps trop courte et sur trop d’incertitudes tant économiques que techniques. L’industriel va remuer 420 millions de Tonnes de terre, pour retirer un peu de nickel, et du cobalt alors qu’il y a aussi du fer, du cuivre et bien d’autres matières premières qu’il ne sait pas encore valoriser. Ce projet est un grand gâchis.
·         Que reste-t-il des richesses forestières du Grand Sud ?
Livret C volet B, le capitaine Sébert dans « Notice sur les bois de Nouvelle Calédonie » (1874) témoigne qu’il y a moins de 150 ans, les forêts du Grand Sud couvraient d’importantes surfaces, des monts Negoné à la rivière bleue et la rivière blanche. La taille des arbres époustouflait les explorateurs d’alors… Aujourd’hui, la forêt ne représenterait que 9% de la surface du Grand Sud. 7hectares (dont 3ha déjà disparus) vont être supprimés. La vision à quelques générations est une vision à court terme. 

Sur le volet socio-économique.

·         Rentabilité économique du projet :
Il y a une incohérence entre les chiffres annoncés par Vale. En effet, le coût de production serait de 19000 $/T et l’estimation de la valorisation potentielle est de 17000 $/T (cf tableau p.145). Le projet ne serait donc aucunement rentable, ce qui nous surprend. De toute façon, nous pouvons en conclure que ce projet n’est pas pérenne puisqu’il repose sur le prix du marché du nickel. 
·         Le partage de la richesse : 
Pour partager équitablement un gâteau, il convient d’en connaître la taille. Si les bénéfices sont, par exemple, de 4000 $/T, sur 5 ans le coût pour l’industriel du Pacte du grand Sud ne représente que 0.6 % des bénéfices…
·         Une entreprise privée ne devrait pas se substituer au rôle d’un État !
L’éducation, les infrastructures des communes, la gestion de l’environnement devraient dépendre de services organisés au sein du gouvernement. Une entreprise soumise à « la main invisible du marché » ne peut en aucun cas garantir une stabilité indispensable à ces activités de premières nécessités.
·         Nous manquons d’informations sur le partenariat public/privé :
Dans la plaquette de présentation DAEM V10 page 9 à propos de l’engravement de la Kwé, il est précisé qu’il s’agit d’une ouverture à un partenariat pilote public/privé. Il faut savoir ce qu’il en est de ce type de partenariat, car en métropole les PPP (partenariat public privé) sont de vastes supercheries, un vol organisé et légalisé, ayant pour unique objectif de faire passer de l’argent « public » dans les mains d’actionnaires « privés ». Par exemple, une entreprise privée en collaboration avec une collectivité, décide de construire une école en PPP. Elle louera ensuite à l’État les locaux sous couvert d’un contrat. Le coup pour l’État est infiniment plus grand que s’il avait pris en charge la construction de l’école (30 à 40 fois). De plus, dans ce partenariat, l’État est responsable de l’entretien des locaux. Les bâtiments sont construits à moindre prix et peu de temps après leur mise en service, l’État doit payer à nouveaux les entreprises privées pour réhabiliter les locaux. Peut-on imaginer ce que donnerait un tel partenariat pour l’entretien du barrage de retenue des sédiments sur la Kwé ?
·         Les inégalités :
P 172 du livret G : « les inégalités financières au niveau local vont augmenter ». On sait pertinemment que la stabilité d’une société est inversement proportionnelle aux inégalités. Cela nous laisse entrevoir les pires évolutions.
·         Des développements économiques réellement durables pâtissent de l’exploitation minière :
Nous parlons des impacts sur ce qui existe, mais pas de ce qui pourrait exister. Les besoins « durables » d’une société sont pourtant assez simples, nourriture, énergie, divertissement en sont quelques exemples. Le Sud peut très bien se prêter à des entreprises agricoles ou d’élevages (par exemple de picots !). Les surfaces dénudées pourraient accueillir une ferme solaire (exemple de centrale solaire du sud de l’Espagne 100 MW sur 100 hectares) ou de géothermie, des touristes viennent en Nouvelle Calédonie pour visiter le sud, ils vont aussi à Rotorua pour prendre des bains chauds.

Sur l’hydrogéologie,

·         Les résidus humides :
Nos inquiétudes sur l’impact qu’aurait une rupture du barrage de retenue du parc à résidus et le devenir des 45 000 000m3 de boues (toxiques ?) qu’il contient ne sont pas levé par cette étude. Comment est estimé le temps de sédimentation des boues ? Il pleut (entre 3 et 4 m) d’avantage que l’eau ne s’évapore (1m), ce parc restera donc toujours humide. Quelle est la durée de vie du barrage ? Nous savons que celui-ci a fait l’objet d’une demande de classement ICPE en 2008 mais nous n’avons pour le moment pas encore trouvé de réponses à cette question.
·         Capacité de stockage en cas de fortes pluies :
La règle de l’art veut que les bassins soient capables de stocker l’eau d’une forte précipitation pendant 2h. Selon Vale, la capacité actuelle des bassins est de 600 000 m3. Les bassins, dont la hauteur d’eau va rapidement augmenter, sont-ils munis de capteur pour connaître le niveau d’eau avant la pluie ? Que se passe-t-il s’ils sont déjà pleins ? Le trop plein se déverse-t-il dans les rivières ?
·         Assèchement de la Plaine des Lacs :
C’était déjà l’une des préoccupations majeures des anciens membres de CODEF SUD à l’époque de l’opposition au projet de Goro. Ceux-ci se souviennent encore des paroles rassurantes des responsables politiques de la Province Sud : « nous avons les garanties très sérieuses de l’industriel : il fera tout ce qui est en son pouvoir pour ne pas assécher ce haut lieu de la biodiversité »… Aujourd’hui, l’assèchement ne serait plus hypothétique, il est planifié pour dans …20 ans ! Nous imaginons bien le scénario, la fosse se rapprochant de la limite, une petite sécheresse servira d’excuse au premier dépérissement des feuilles, le temps d’arrêter les machines, l’année d’après, toute forme de vie aura disparu car l’écoulement des eaux souterraines est irréversible. Tout comme la disparition d’espèces vivantes…

Sur la flore et la faune

·         Un inventaire « exhaustif » ? :
Selon un représentant de VALE, l’inventaire exhaustif des plantes qui poussent sur le plateau de Goro aurait été réalisé. Nous serions très intéressés par l’accès à une telle étude. A défaut de cette lecture, nous ne pouvons pas scientifiquement cautionner son hypothétique valeur. Par exemple, il faudrait connaître le maillage utilisé (étendue et temps humain passé, s’agit-il d’un inventaire sur 10 ou 100 m2 réalisé en 6 mois à 10 personnes ?). De plus, à notre connaissance, il existe sur le plateau de Goro certaines dépressions très riches en biodiversité qui n’ont pas été étudiées, tant sur la flore que sur la géologie.
·         Qu'en est-il de la microbiologie du sol ?
Hormis l’étude des fourmis, nous regrettons de ne pas voir dans les documents l’étude de la biologie des sols. La vie dans les 50 premiers centimètres de terre est un univers à lui tout seul. Par exemple, de récentes études de l’Université montrent que les plantes du maquis minier ne survivent que grâce à certains champignons. Les plantes, pour pallier au manque d’humus, vivent en symbiose avec certain mycélium. Ce phénomène intervient peut-être dans les tentatives restées vaines de déplacement de certaines plantes?
·         Il y aura des extinctions d’espèces. Lézards, geckos...
Et malheureusement aussi des extinctions « indirectes », qui ne sont pas prises en compte par méconnaissance des liens entre populations (faune ou flore). Le taux de disparition d’espèces a aujourd’hui explosé, il est 1000 fois plus élevé que la moyenne géologique relevée sur les fossiles (cf S.L. Pimm et al. « The biodiversity of species and their rates of extinction, distribution, and protection» science vol 344 n°6187, 2014). Les mesures proposées nous semblent dérisoires (exemple : restriction de l’accès à certaines zones…). A qui le tour déjà, après les abeilles ? A la lecture des documents, nous avons le sentiment que les plans de suivi ne consistent qu’en un décomptage des espèces restantes jusqu’à leur disparition pure et simple.
 

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